14 mai 2005

Au marché

Au marché, un homme  simplet : " Y' en a qui mettent la musique fort, dans mon immeuble. Tard le soir, tôt le matin ... Je suis chez moi, je veux être tranquille. C'est en haut et en bas. En bas c'est un arabe, en haut c'est deux noirs ... Faut voter non ! "

Un marchand, très embêté : " Je vais voter non. Un patron hongrois pourra payer en France des ouvriers hongrois au tarif hongrois ...  Avec la mondialisation, je ne vais pas m'en sortir ... Ça n'est pas équilibré ... Je vais voter non ... un non européen.

Posté par blang à 14:04 - - Commentaires [9] - Permalien [#]


Commentaires sur Au marché

    Deux "citations" qui donnent envie de voter oui au plus vite, à moins qu'on ne préfère Madame Mouchi, la voisine avec ses clebards et micro-trottoirs à la littérature, la pensée, l'art, la philosophie. Les gens, dont je fais partie, sont avant tout abrutis et seuls leurs efforts les sortent de ce qu'est vraiment la perception de droite: penser en premier à ses petits problèmes et se déterminer en tout en fonction de ses propres manques, frustrations, désirs et autres besoins de bonheur et de consolation. Je suis sûr que mon voisin d'en face va voter non et qu'il a mille bonnes raisons, dont la haine des étrangers, de haïr l'Europe, les politiques, les chefs, les plus riches que lui, etc... C'est bien ce genre de réaction instinctive qui, au-delà des arguments rationnels, pousse à ne pas faire confiance à son "instinct" et à dire "oui" au droit internationnal balbutiant contre le souci de soi du local, du circonscripteur, de l'habitant de quartier.

    Posté par Loic M, 14 mai 2005 à 16:04 | | Répondre
  • L'homme simplet m'a instinctivement donné envie de voter "oui". J'ai vite jugé cette réaction irrationnelle. Cet homme ne formulait pas un "non" européen mais un "non" à l'Europe.

    L'autre, le marchand, avec qui je discutais depuis un moment, faisait allusion à la directive Bolkestein qui, vu l'émoi qu'elle a suscité, est suspendue jusqu'au 29 mai, à la demande de Jacques Chirac, comme chacun sait. Pourtant, le 23 mars 2004, tous les chefs d'Etat européens (y compris Monsieur Chirac) avaient, paraît-il, demandé que cette directive soit adoptée en priorité.
    "Suspendue" ... jusqu'au "oui" ?

    Bref, mon marchand venait de lire un tract unitaire (6 formations de gauche) où était expliqué que cette directive permet à une entreprise hongroise (par exemple) d'employer des travailleurs hongrois sur le territoire français et de les payer au salaire minimum hongrois, c'est à dire un salaire six fois moins élevé que notre smic.

    Ce n'est pas un fantasme. C'est la directive Bolkestein. Bien sûr, elle est indépendante du traité pour lequel on vote, mais ils vont bien ensemble, quand même, non ?
    D'ailleurs, le baron Seillères ne s'y trompe pas. Il appelle à voter "oui".
    Ce "droit international balbutiant" est également fait pour les gens de son camp. Voici venue l'opportunité de faire un sort au smic, cette insulte au marché et à l'économie (quand j'aurai deux minutes, je développerai).

    Mon marchand a certes des "petits problèmes" , des "manques", des "frustrations". Il se demande, comme la grande majorité de ses collègues du marché, comment il survivra demain, alors qu'aujourd'hui, déjà, il a tant de mal avec son smic, parce qu'il n'a jamais guère plus que ça, chaque mois.
    Alors forcément, il est inquiet quand on lui dit que peut-être, à partir du 1er novembre 2006, il aura moins, concurrence oblige ...

    Certains petits problèmes, on est forcé d'y penser, surtout quand on est des milliers, voire des millions à les vivre.

    Posté par Blang, 14 mai 2005 à 21:18 | | Répondre
  • "Certains petits problèmes,..." Arrête, tu vas me faire pleurer ! Autour de moi, je vois des profs, qui votent non, et des gens beaucoup plus "ordinaires", des marginaux, des petits vieux, des "travailleurs", qui votent oui.
    Sur la directive Bolkestein, le mieux est de se renseigner à des sources objectives, pour éviter les fantasmes. Ce travail, n'importe qui peut le faire, aussi bien toi que le type du marché.

    Posté par gab, 15 mai 2005 à 14:26 | | Répondre
  • Au fond, ce débat sur le "libéralisme ou non" du traité est un faux débat concernant le traité car, avec ou sans, c'est l'OMC qui décide et décidera de tous ce qui est soumis à concurrence, c'est, qu'on le veuille ou non, un fait. dire "non" au traité n'y changera rien, voire aggravera les choses.
    Par contre, il y a une bonne raison de dire "non", c'est la pauvreté même de "l'accord européen" qu'il produit. En lisant ce fatras administratif et juridique on a le sentiment de type qui font une partie de cartes mais chacun s'assurant qu'il pourra continnuer à la jouer selon ses règles. Exemple: le traité dit que les femmes sont égales aux hommes en droit, mais il dit aussi le, ou ne change rien au, fait qu'une portugaise battue ne peut et ne pourra divorcer sans un papier de son mari. On voit donc in traité qui est long et compliqué et technocratique dans la mesure où chaque pays ne fait l'Europe que dans la mesure ses modus operandi culturels, sociétaux et pour tout dire nationnaux ne seront pas mis en cause. Ce traité, s'il est à rejeter, c'est parce qu'il ne produit, malgré l'arrivée de 10 pays attendant beaucoup des vieux Européens plus riches qu'eux, ayant un vrai désir d'Europe, qu'une "petite" Europe, une mosaïque de souverainetés finalement préservées.
    Il est fort paradoxal, chez les nonistes, de refuser le non parce qu'il menace nos spécificités nationales: il ne les transforment pas assez, les nôtres comme ceux des autres pays? C'est un traité de pisse-froids, de types qui sont d'accord pour boire le thé ensemble à Bruxelles, mais pas pour vivre ensemble. Sinon, ils auraient pondu quelquechose de vraiment neuf, où on aurait dit aux nations que leurs pratiques aux niveau des moeurs et du droit digne du XVIIIème siècle, s'il voulait faire partie de l'Europe, il fallait les abandonner. On fait l'Europe ou on ne la fait pas bordel!
    Le problème de ce TCE, ce n'est pas son caractère libéral, de ce côté là il ne peut pas grand chose mais il avance timidement, mais c'est son manque d'ambition fondatrice d'une vrai Europe, fédérale, où une voix à Malte vaut une voix à Paris ou à Berlin et où la majorité des voix, à l'échelle de l'Europe, fait loi. Voux imaginez vous, un pays où la majorité présidentielle soit soumise au fait qu'elle représente 40% des régions, ces 40% représentant eux-mêmes 25% des départements les plus peuplés...
    La seule vrai raison de dire "non", c'est l'anti-européanisme manifeste des vieux pays et de leur traité sans ambition fondatrice qui foute un coup de pied dans le cul poussiéreux des États en inaugurant une vrai convergence des modes de vie, des droits effectifs des femmes et des hommes, de la possibilité que les pays riches payent pour les moins riches comme on tranfère des fonds d'une région à une autre.
    C'est une europe petit bras, qui ne change rien ou presque à ce qui existe depuis des lustres. Tel est le vrai problème. Parce que les 25, au fond, peuples et dirigeants, ne souhaitent pas l'Europe, où ne la souhaite que dans la mesure où ça ne change pas trop pour eux! Demandez quel français, qui se dit européen, est prêt à gangner moins pour que le polonais ou le hongrois gagne plus, c'est à dire pour que les citoyens de l'Europe soit traité également, comme dans une vraie démocratie.
    Le oui ou non à ce traité n'aura pas, dans un sens ou dans l'autre, les conséquences dramatiques qu'ont nous prophétise, entretenant notre peur d'une époque transitoire. C'est un traité de vieilles dames bien élevées qui n'abordent pas les problèmes qui fâchent ne peur de n'être pas d'accord, ne gâcher la soirée. Alors elles s'entendent sur la robe à porter, le nombre de sucre qu'il convient de mettre dans le thé.
    Mais elles la feront leur soirée, leur Europe sans remise en cause de ce qu'elles sont et font. Alors, cela étant dit, oui ou non, ce n'est pas très important. On nous demande notre avis, répondons ce que l'on pense du texte, et seulement du texte, puisque c'est la question, et si elles ne sont pas contentes de la réponse, elles feront ce qu'elles veulent en se passant de notre avis, parlementairement par exemple, comme l'on fait beaucoup de pays.
    Mais l'Europe, la vraie, avec ou sans le TCE, on en est hélas encore loin...

    Posté par Jumbo, 15 mai 2005 à 15:51 | | Répondre
  • Jumbo se trompe

    " ... c'est l'OMC qui décide et décidera de tous ce qui est soumis à concurrence, c'est, qu'on le veuille ou non, un fait. dire "non" au traité n'y changera rien, voire aggravera les choses."

    Ce n'est pas, semble-t-il, l'avis de Pascal Lamy, probable nouveau directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce.
    Je vous renvoie au message "des nouvelles de Pascal Lamy" envoyé par Attac et publié à la date d'aujourd'hui dans la catégorie " Mais qu'est-ce que je vais voter ? ".

    Posté par Blang, 15 mai 2005 à 19:28 | | Répondre
  • Ça m'étonne de Blang ça: ne commenter qu'un petit bout du message (celui par lequel elle pourra dire ce qu'elle veut dire) plutôt que de s'intéresser à sa totalité, au point de vue qu'il développe de façon globale. Dans un discours, on peut toujours trouver un point de polémique, de justesse ou d'erreur, mais est-ce vraiment ce qui est intéressant?

    Posté par Jumbo, 15 mai 2005 à 21:46 | | Répondre
  • Ne vous mettez pas en colère, gab et Jumbo, je vous en prie ...
    J'ai proposé deux témoignages de marché ... Les "non" et les "oui" prennent leur source dans des horizons si divers ... Je trouvais intéressant d'en rendre compte.
    Personne n'a les mêmes raisons de voter "non", ni même de voter "oui" ... Le "non" de mon marchand de linge ne ressemble pas à celui d'un prof, ni au "non" développé par Jumbo ..., et votre probable "oui" n'est pas celui du baron Seillères ...
    Voilà, voilà, c'est tout ...

    Posté par Blang, 16 mai 2005 à 20:12 | | Répondre
  • T'as déjà vu un "non" ou un "oui" prendre sa source dans un horizon, toi ? Pfff ...

    Posté par Mito, 16 mai 2005 à 20:14 | | Répondre
  • "Ne vous mettez pas en colère, gab et Jumbo":
    je ne suis pas du tout en colère. Chacun dit, pense et vote ce qu'il veut et c'est très bien ainsi.

    Posté par Jumbo, 17 mai 2005 à 01:05 | | Répondre
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