15 mai 2005

« QUELQUES JOURS POUR FAIRE GAGNER LE NON »

Yves Salesse, coprésident de la Fondation Copernic

[ ...] L’heure n’est plus aux explications de texte détaillées mais aux quatre sujets clé : démocratie, chômage, services publics, Europe sociale.

Démocratie : 1) La constitutionnalisation des politiques par le plus grand nombre des articles de texte. Trois exemples : l’interdiction de gêner la libre circulation des capitaux (investissements spéculatifs, délocalisations) : article III-156 ; l’obligation pour les Etats d’améliorer leurs capacités militaires (I-41) ; la compatibilité de la politique de sécurité et de défense de l’Europe avec la politique de l’OTAN. 2) Des institutions non contrôlées. Ex : la banque centrale européenne, indépendante, qui a une influence décisive sur la marche de l’économie et donc le chômage par la fixation des taux d’intérêt et la politique de l’euro fort.

Chômage : 1) Les salariés du privé savent les sacrifices qui leur sont demandés au nom de la compétition internationale. La banque centrale européenne, que son statut rend indifférente au chômage, annule tout cela en laissant l’euro gagner + 30% par rapport au dollar, ce qui veut dire que les produits européens deviennent plus chers de 30% par rapport aux produits payables en dollars ! 2) La réponse de la Constitution au problème du chômage est celle du patronat européen : compétitivité (article I-3), ne pas gêner le marché (articles III-177 et 178) ; flexibilité du marché du travail (article III-203).

Services publics : 1)le traité d’Amsterdam proclamait que les services d’intérêt économique général sont une valeur commune de l’Union. Cela n’a pas empêché l’offensive systématique dans tous les secteurs, chemin de fer, énergie, poste, etc. La »constitution » reprend tous les articles qui ont permis cette offensive. 2) Elle en ajoute de nouveaux : celui, par exemple, qui constiutionnalise la libéralisation de l’énergie (article III-256). 3) Elle interdit la reconstitution de monopoles de services publics. 4) Elle ne permet pas la création de services publics européens : aucun statut n’est prévu en ce sens.

Europe sociale : 1) avec le dernier élargissement, l’Europe a changé de doctrine, installant officiellement une fracture économique et sociale dans l’espace européen. C’est cette fracture que la directive Bolkestein veut mettre au service des firmes qui peuvent délocaliser. 2) L’harmonisation sociale est soit interdite, soit soumise à l’unanimité des Etats pour seulement énoncer des minimas sur les sujets les plus importants (article III-210). Cet article a déjà paralysé l’harmonisation sociale par le passé. Cela sera pire encore maintenant avec les nouveaux adhérents qui ont le dumping social et fiscal comme arme majeure dans la concurrence sur le marché européen.

Ajoutons la réponse à un argument qui semble avoir eu une certain impact : l’isolement de la France et son affaiblissement en cas de victoire du NON.

1) On ne peut répondre ainsi aux questions essentielles. Au nom de l’isolement, fallait-il faire la guerre en Irak ? 2) Un pays est fort internationalement s’il défend une orientation claire qui répond à l’aspiration des peuples (ce fut le cas sur l’Irak), pas s’il se couche systématiquement. 3) La montée du Non en France a déjà payé : changement d’attitude sur la directive Bolkestein, le pacte de stabilité, etc. 4) L’Europe est un sujet trop sérieux pour être laissé aux chefs d’Etat et de gouvernement.

Face à l’Europe libérale, le Non de gauche apporte une alternative. Nous avons une alternative programmatique avec des propositions précises sur les sujets évoqués ci-dessus. Nous avons aussi une alternative stratégique : sortir le débat européen du cercle fermé de la diplomatie ; le faire prendre en charge par les citoyens. Ce que nous avons déjà en partie réussi en France.

Si le Non l’emporte nous serons dans la situation juridique actuelle : il n’y aura aucun vide. Mais il y aura un fait politique nouveau en Europe : un pays majeur aura dit stop, il faut arrêter la folie libérale qui a pris le contrôle de la construction européenne, nous voulons remettre l’Europe à l’endroit, au service des peuples.
[ ... ]

Fondation Copernic
www.appeldes200.net

 

Posté par blang à 20:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur « QUELQUES JOURS POUR FAIRE GAGNER LE NON »

    Et puis aussi cette histoire de religion ...

    "Les constituants s'inspirent [... ] des origines religieuses de l'Europe." C'est dans la première ligne.
    Paraît que les polonais y tenaient. Je me demande si quelqu'un leur a clairement expliqué que quand on disait Europe laïque, on ne disait pas Europe athée.

    Posté par Mat, 15 mai 2005 à 20:49 | | Répondre
  • On pourrait répondre point par point, mais à quoi bon ? Tout ceci a un petit air de déjà vu. Bon, je suis fatigué, je vais me coucher, un peu découragé, pour des tas de raisons...
    Mais, la vie continue continue!

    Posté par gab, 16 mai 2005 à 00:19 | | Répondre
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